Intoxication au monoxyde de carbone : les signes et les gestes d'urgence

Les premiers symptômes d'une intoxication au CO ressemblent à ceux d'un état grippal, ce qui conduit trop souvent les occupants à se recoucher plutôt qu'à sortir. Cette page décrit ce que l'on ressent, les indices qui doivent faire basculer le doute en certitude, et la conduite à tenir immédiatement.

Cette page a une vocation d'information générale. Elle ne remplace en aucun cas un avis médical : en cas de doute, même léger, appelez le 15, le 18 ou le 112, qui décideront de la suite.

Pourquoi ce gaz agit sans prévenir

Le monoxyde de carbone est incolore, inodore et non irritant : rien, dans les sensations immédiates, ne signale sa présence. Une fois inhalé, il se fixe sur l'hémoglobine du sang à la place de l'oxygène, avec une affinité bien supérieure à celle de ce dernier. Les organes les plus gourmands en oxygène — le cerveau et le cœur — sont les premiers touchés, ce qui explique la nature des symptômes et la rapidité avec laquelle une personne peut perdre sa capacité à réagir.

La gravité dépend de deux facteurs conjugués : la concentration dans l'air et la durée d'exposition. Une faible concentration subie toute une nuit peut se révéler plus dommageable qu'un pic bref. C'est aussi pourquoi les intoxications se produisent souvent pendant le sommeil, quand personne n'est en mesure d'interpréter ce qu'il ressent.

Les symptômes selon le degré d'exposition

Exposition faible ou débutante

Le tableau est banal et c'est là tout le problème : céphalées diffuses, fatigue inhabituelle, nausées, sensation de tête lourde, vertiges légers, difficulté à se concentrer ou irritabilité. Beaucoup de personnes attribuent ces signes à une nuit trop courte, à un début de rhume ou à un repas mal digéré. À ce stade, sortir à l'air libre suffit souvent à faire régresser la gêne, ce qui renforce l'illusion d'un simple coup de fatigue.

Exposition modérée

Les maux de tête deviennent intenses et pulsatiles, des vomissements apparaissent, la faiblesse musculaire rend les gestes maladroits. S'y ajoutent une accélération du rythme cardiaque, un essoufflement au moindre effort, des troubles de la vision et une confusion qui altère le jugement. C'est le moment charnière : la personne intoxiquée n'est déjà plus certaine d'évaluer correctement la situation, et peut ne pas trouver la force ou la lucidité d'ouvrir une fenêtre.

Exposition élevée

Perte de connaissance, convulsions, coma : à ce stade, la personne ne peut plus se sauver elle-même et le pronostic vital est engagé. Ne comptez pas sur les indices visuels souvent évoqués, comme une coloration particulière de la peau : ils sont inconstants et tardifs, et leur absence ne signifie rien du tout.

Les indices qui doivent vous faire penser au CO

Plus que les symptômes eux-mêmes, c'est leur contexte qui met sur la piste :

  • Plusieurs occupants du même logement sont malades en même temps, sans fièvre.
  • Les troubles s'atténuent dès que vous sortez et réapparaissent quelques heures après votre retour.
  • Un animal domestique semble abattu, vomit ou refuse de se lever : plus petit, il réagit souvent avant les humains.
  • Les symptômes ont commencé avec la remise en route du chauffage, l'installation d'un appareil d'appoint ou une intervention sur la chaudière.
  • Une flamme habituellement bleue devient jaune ou orange, des suies noircissent le pourtour d'un appareil, ou de la condensation apparaît anormalement sur les vitres.

Que faire immédiatement

L'ordre des gestes compte, parce que chaque minute passée dans l'ambiance aggrave la fixation du gaz sur le sang.

  1. Aérez : ouvrez en grand portes et fenêtres pour créer un courant d'air, sans vous attarder à faire le tour du logement.
  2. Arrêtez les appareils à combustion accessibles sans risque : chaudière, poêle, chauffage d'appoint, groupe électrogène. Ne manipulez rien qui vous obligerait à rester à l'intérieur.
  3. Évacuez toutes les personnes et les animaux présents, y compris ceux qui affirment aller bien, et sortez du bâtiment.
  4. Appelez depuis l'extérieur le 15 (Samu), le 18 (pompiers) ou le 112, numéro d'urgence européen. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent utiliser le 114 par SMS. Décrivez la situation, le nombre d'occupants et l'appareil suspecté.
  5. N'entrez plus dans le logement avant l'accord des secours, et ne remettez aucun appareil en service avant l'intervention d'un professionnel qualifié.

Si votre détecteur de monoxyde de carbone se déclenche, appliquez exactement la même procédure, même si personne ne ressent quoi que ce soit. L'appareil est conçu pour alerter avant l'apparition des symptômes : c'est son unique raison d'être.

Trois réflexes à ne surtout pas avoir

  • Retourner chercher des affaires, un téléphone ou un animal après être sorti : les secours s'en chargent avec un équipement adapté.
  • Rallumer l'appareil suspecté « pour voir » si l'alarme se redéclenche, ou couper le détecteur pour retrouver le silence.
  • Se fier à son propre ressenti pour décider de rester : la confusion fait partie des symptômes, et elle touche d'abord le jugement.

Après l'épisode

Une prise en charge médicale s'impose pour toutes les personnes exposées, y compris celles qui se sentent rétablies après quelques bouffées d'air frais. Signalez la présence éventuelle d'une femme enceinte, d'un nourrisson, d'une personne âgée ou d'une personne souffrant de troubles cardiaques ou respiratoires : ce sont les situations qui appellent le plus de vigilance. Des troubles retardés peuvent apparaître à distance de l'intoxication, ce qui justifie de suivre les consignes de surveillance données par les soignants.

Côté logement, la remise en service exige l'intervention d'un professionnel : identification de la cause, contrôle de la combustion, vérification du conduit et des entrées d'air. Profitez-en pour revoir le positionnement de vos appareils de détection, un point développé dans notre guide sur l'emplacement d'un détecteur de CO, et pour vérifier la date de fin de vie du boîtier en place.

Questions fréquentes

Comment distinguer une intoxication au CO d'une grippe ?

Les symptômes eux-mêmes ne permettent pas de trancher : c'est le contexte qui oriente. Une grippe s'accompagne le plus souvent de fièvre et de courbatures, et elle ne disparaît pas parce que vous sortez de chez vous. Des maux de tête qui s'estompent à l'extérieur puis reviennent au domicile, chez plusieurs personnes en même temps, doivent faire penser au monoxyde de carbone et déclencher un appel aux secours.

Que faire si le détecteur sonne alors que personne ne se sent mal ?

Considérez l'alarme comme réelle. Ouvrez les fenêtres, arrêtez les appareils à combustion, sortez tout le monde du logement et appelez les secours depuis l'extérieur. L'absence de symptôme ne prouve rien : l'appareil détecte des concentrations qui n'ont pas encore produit d'effet perceptible, et c'est précisément son intérêt.

Peut-on garder des séquelles après une intoxication au monoxyde de carbone ?

Des troubles retardés, notamment neurologiques, sont décrits après des intoxications sévères, ce qui justifie un suivi médical même lorsque l'état semble s'être normalisé. Seul un médecin peut évaluer la situation et décider des examens nécessaires : ne jugez pas de la gravité par vous-même après un épisode.

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