Le radon : d'où il vient, comment il entre chez vous, ce qu'il faut en penser
On parle du radon comme d'une menace invisible, et c'est littéralement le cas : aucun sens humain ne le détecte. Voici, sans dramatiser ni minimiser, ce que ce gaz est réellement, par où il pénètre dans les bâtiments et à partir de quel niveau il devient raisonnable d'agir.
Un gaz né de la désintégration de l'uranium
Le radon est un gaz radioactif d'origine naturelle. Il n'est fabriqué par personne : il apparaît spontanément dans les roches et les sols, au terme d'une chaîne de désintégration qui part de l'uranium présent en quantités variables dans la croûte terrestre. L'uranium se transforme lentement en radium, et le radium en radon. Contrairement à ses parents, qui sont des solides emprisonnés dans la matrice minérale, le radon est un gaz : il peut migrer dans les pores du sol, remonter le long des fissures et finir par sortir à l'air libre.
Sa concentration dépend donc d'abord de la géologie locale. Les terrains granitiques et volcaniques, plus riches en uranium que les bassins sédimentaires, en produisent davantage. À l'extérieur, ce gaz se dilue immédiatement dans l'atmosphère et n'a aucune conséquence pratique. Le problème naît quand il débouche non pas dans un champ mais sous le plancher d'une maison, dans un volume clos où rien ne le disperse.
Par où le radon entre dans un bâtiment
Un bâtiment chauffé se comporte comme une cheminée : l'air intérieur, plus chaud et plus léger, s'échappe par le haut, ce qui crée une légère dépression dans les niveaux bas. Cette dépression aspire l'air du sol à travers tous les défauts d'étanchéité du soubassement. Les principales voies d'entrée sont bien identifiées :
- les fissures du dallage, du plancher bas ou des murs enterrés, même très fines ;
- les passages de canalisations et de gaines techniques traversant la dalle, souvent laissés bruts autour du tuyau ;
- les joints entre dalle et murs périphériques, et les reprises de bétonnage mal traitées ;
- les vides sanitaires insuffisamment ventilés, qui deviennent des réservoirs à radon communiquant avec le logement par les trappes, les gaines et les planchers bois ;
- les constructions sur terre-plein sans membrane, où le sol est directement en contact avec la dalle ;
- les caves et sous-sols reliés au reste du logement par un escalier ou une porte peu étanche.
Conséquence directe : la concentration est presque toujours maximale au sous-sol et au rez-de-chaussée, puis décroît nettement dans les étages. C'est aussi pourquoi une même commune peut abriter une maison à 40 Bq/m³ et sa voisine à 800 : la géologie fixe le potentiel, mais c'est le bâti qui fait la différence.
Le becquerel par mètre cube, une unité qui compte des désintégrations
La concentration de radon dans l'air s'exprime en becquerels par mètre cube, notés Bq/m³. Un becquerel correspond à une désintégration par seconde : dire qu'une pièce est à 200 Bq/m³ signifie que, dans chaque mètre cube d'air, deux cents atomes se désintègrent chaque seconde. L'unité ne mesure donc pas une masse de gaz mais une activité, ce qui explique qu'elle puisse varier très vite.
Ce chiffre n'a de sens qu'associé à une durée. Une valeur relevée pendant une heure ne dit rien de votre exposition réelle ; ce qui compte, c'est la moyenne sur une longue période, idéalement une année. C'est la logique retenue par le niveau de référence français.
Pourquoi les niveaux bougent en permanence
Le radon intérieur est un équilibre entre ce qui entre par le sol et ce qui sort par la ventilation. Les deux termes changent sans arrêt. Sur la journée, la concentration monte typiquement la nuit, quand les fenêtres sont fermées et que personne n'ouvre les portes, et redescend le matin dès que l'on aère. Sur l'année, l'hiver est la saison critique : le chauffage accentue l'effet de tirage qui aspire l'air du sol, et l'on ventile beaucoup moins qu'en été. La météo joue aussi son rôle, une chute de pression atmosphérique favorisant la remontée du gaz.
Ces variations sont considérables : un facteur trois ou quatre entre une nuit de janvier et un après-midi de juillet n'a rien d'exceptionnel. C'est la raison pour laquelle la mesure de référence se fait par dosimètre passif posé au minimum deux mois pendant la période de chauffe, et non par un relevé ponctuel. Notre guide du kit de mesure par dosimètre détaille cette procédure.
Le risque sanitaire, et le rôle décisif du tabac
Le radon lui-même est un gaz inerte, très peu réactif chimiquement : inhalé, il ressort en grande partie. Le danger vient de ses descendants, des éléments solides eux aussi radioactifs qui se forment dans l'air, s'attachent aux poussières et se déposent dans les voies respiratoires. Là, leurs rayonnements alpha irradient les cellules des bronches. Le radon est pour cette raison reconnu comme cancérogène pulmonaire : c'est un facteur de risque avéré de cancer du poumon.
Un point mérite d'être souligné, car il change complètement la lecture du risque individuel : chez les fumeurs, le risque lié au radon est fortement majoré. Les deux expositions ne s'additionnent pas simplement, elles se renforcent. Autrement dit, dans un logement au radon élevé, c'est le foyer fumeur qui a le plus à gagner à agir — et arrêter de fumer reste, de très loin, la mesure la plus efficace sur le risque pulmonaire global.
300 Bq/m³ : le niveau de référence et la logique d'action graduée
En France, le niveau de référence pour le radon dans les lieux de vie est de 300 Bq/m³ en moyenne annuelle. Il ne s'agit pas d'une frontière entre le sûr et le dangereux : le risque décroît continûment quand la concentration baisse, et il n'existe pas de seuil au-dessous duquel il serait strictement nul. Ce repère sert à hiérarchiser l'action.
En pratique, une mesure nettement inférieure à 100 Bq/m³ n'appelle rien d'autre que de bonnes habitudes de ventilation. Entre 100 et 300 Bq/m³, il est pertinent d'améliorer le renouvellement d'air et de traiter les défauts d'étanchéité visibles du soubassement : ce sont des actions simples, souvent peu coûteuses, qui font baisser la valeur. Au-delà de 300 Bq/m³, la démarche devient prioritaire et peut justifier des travaux plus structurants, voire l'intervention d'un professionnel ; les solutions de remédiation classées par coût sont détaillées dans notre guide dédié. Dans tous les cas, une nouvelle mesure après travaux est indispensable : c'est le seul moyen de vérifier que l'on a réellement obtenu un gain.
Questions fréquentes
Peut-on sentir le radon ou le voir ?
Non. Le radon est incolore, inodore et sans saveur, et il ne provoque aucune gêne immédiate : ni irritation, ni odeur, ni sensation d'étouffement. C'est précisément ce qui le rend sournois, et la raison pour laquelle une mesure instrumentale est le seul moyen de savoir où l'on en est.
Un logement neuf et bien isolé est-il à l'abri ?
Pas nécessairement. Une bonne étanchéité à l'air limite les entrées d'air parasites, mais elle réduit aussi le renouvellement naturel : si la ventilation mécanique est mal réglée ou à l'arrêt, un logement récent peut concentrer le radon davantage qu'une vieille maison pleine de courants d'air.
Le radon est-il présent dans l'eau du robinet ?
Il peut se dissoudre dans les eaux souterraines, en particulier celles issues de terrains granitiques. Dans le logement, la voie d'exposition dominante reste très largement l'air intérieur alimenté par le sol : c'est donc l'air ambiant que l'on mesure et que l'on cherche à assainir en priorité.
À lire aussi
Pour passer de la théorie à la mesure puis à l'action :