Équiper un camping-car ou un van contre le monoxyde de carbone
Dans une cellule de dix mètres cubes, une combustion mal réglée fait monter la concentration bien plus vite que dans un salon. Ce guide explique quelles sources surveiller, quel type d'appareil choisir et où le fixer pour qu'il serve réellement.
Pourquoi le risque change d'échelle à bord
Le volume habitable d'un fourgon aménagé ou d'un profilé se compte en dizaines de mètres cubes au maximum, soit une fraction de celui d'un logement. À production de gaz identique, la concentration grimpe donc bien plus rapidement, et le temps disponible pour réagir se réduit d'autant. Les cellules récentes, très bien isolées et souvent stationnées portes et lanterneaux fermés par temps froid, renforcent ce phénomène.
S'y ajoute une particularité du voyage : vous dormez à quelques mètres d'appareils à combustion, parfois sur une aire où d'autres véhicules font tourner un moteur ou un groupe électrogène. Le monoxyde de carbone ne s'arrête pas à la carrosserie et peut entrer par une aération basse ou une baie entrouverte.
Les sources à surveiller
- Le chauffage stationnaire, au gaz ou au gasoil : c'est la source la plus fréquente. Un échappement obstrué par la neige, la boue projetée en piste ou un sac posé contre la sortie suffit à renvoyer les gaz brûlés dans la cellule.
- La gazinière et le four : utiliser les feux pour se réchauffer, pratique répandue et dangereuse, consomme l'oxygène du volume habitable et dégrade la combustion.
- Le chauffe-eau et le réfrigérateur à absorption, quand leurs grilles extérieures sont partiellement obstruées.
- Le groupe électrogène, le vôtre ou celui du voisin, dont l'échappement doit être éloigné et orienté à l'opposé des ouvertures.
- Un barbecue, un brasero ou un réchaud à charbon rentré sous l'auvent ou dans le véhicule pour finir de tiédir : cause classique d'accidents graves, car les braises produisent du CO longtemps après l'extinction des flammes.
- Le moteur au ralenti, en particulier lorsque le véhicule est en pente et que les gaz d'échappement remontent le long de la carrosserie.
Quel type d'appareil choisir
La norme européenne EN 50291 comporte une partie destinée aux locaux domestiques et une partie spécifique aux véhicules de loisir, caravanes et bateaux. Cette seconde partie ajoute des essais qui correspondent à la vie à bord : tenue aux vibrations et aux chocs de la route, plage de température élargie, comportement en atmosphère humide. Un boîtier prévu pour un salon peut se dérégler mécaniquement après quelques milliers de kilomètres de mauvaises routes.
Cherchez donc la mention de cette partie 2 sur l'emballage ou dans la notice. Si le modèle qui vous convient ne la porte pas, il reste préférable à l'absence totale de détection, mais placez-le à l'écart des vibrations directes, contrôlez son fonctionnement plus souvent et remplacez-le sans attendre au premier doute.
Pile ou alimentation 12 V
Un appareil à pile fonctionne indépendamment du circuit du véhicule : il continue de veiller lorsque le coupe-batterie est ouvert ou que la batterie cellule est à plat, ce qui arrive précisément quand on sollicite un groupe électrogène. Un modèle scellé, sans trappe, évite en outre la pile retirée pour dépanner une lampe frontale et jamais remplacée.
Le raccordement en 12 V, souvent proposé sur les détecteurs conçus pour les véhicules, supprime la question des piles mais crée une dépendance à l'installation électrique. Le meilleur compromis reste l'appareil alimenté en 12 V doté d'une réserve interne, ou tout simplement deux dispositifs : un détecteur de CO à pile près du couchage et un détecteur de gaz GPL en 12 V au ras du plancher.
Où le fixer dans un volume réduit
Visez la hauteur de respiration de la personne allongée, soit une zone comprise entre le niveau du matelas et une trentaine de centimètres au-dessus. C'est là que se joue le scénario le plus redouté, celui d'une intoxication pendant le sommeil. Dans un fourgon avec lit pavillon, fixez l'appareil sur la paroi latérale plutôt qu'au plafond, où l'air chaud stagne.
Respectez ensuite une distance d'environ un mètre avec la gazinière et avec la bouche de chauffage : trop près, l'appareil réagira aux bouffées normales d'allumage et vous finirez par l'ignorer. Évitez les placards, les coffres, le dessous d'une banquette et les rideaux : dans une cellule, chaque paroi mobile crée une zone morte. Éloignez-le également des lanterneaux, des aérations de plancher et des baies : l'air y circule en continu et le capteur y mesure surtout l'extérieur.
Pour la fixation, vissez sur un montant plutôt que sur un panneau de contreplaqué mince : un boîtier qui se décroche en roulant ne protège plus personne. Vérifiez enfin que la sirène reste audible depuis la couchette.
Un détecteur domestique convient-il dans un camping-car ?
Il vaut mieux que rien, mais il n'a pas été éprouvé dans les conditions du véhicule. La norme européenne comporte une partie spécifique aux véhicules de loisir et aux bateaux, qui ajoute des essais de vibration et une plage de température élargie. Cherchez cette mention sur l'emballage avant d'acheter, et à défaut placez l'appareil à l'abri des vibrations directes.
Faut-il un détecteur de CO en plus d'un détecteur de gaz GPL ?
Oui, car ils ne surveillent pas le même phénomène. Le détecteur de GPL repère le butane ou le propane non brûlé qui fuit et s'accumule au sol ; le détecteur de CO repère un gaz produit par une combustion défectueuse et réparti dans tout le volume. Les deux appareils sont complémentaires et se posent à des hauteurs opposées.
Peut-on laisser le détecteur à bord pendant l'hivernage ?
Un véhicule remisé descend souvent sous la température minimale de fonctionnement indiquée par le fabricant, et l'humidité s'y installe. Si votre modèle fonctionne sur pile amovible, mieux vaut le déposer au chaud et le réinstaller à la remise en service, en le testant avant le premier départ.